A vrai dire, même à toi, j'ai peur de parler...Tellement de mots sont enfoncés en moi et ne peuvent pas sortir...J'étouffe. Je voudrais vraiment avoir ton courage et exprimer tous ces sentiments, enfermés dans ma tête. Mais je n'y arrive pas, tu es la seule avec qui j'ai envie d'essayer, mais c'est trop dur pour moi, j'ai l'impression que même toi qui me comprend si bien, ne pourrais pas ce coup-ci, et cela me blesse vraiment. Tu sais, j'ai essayé pourtant, je n'abandonne pas comme ça, aussi rapidement...Mais j'ai le sentiment de couler, à nouveau. C'est comme si les bouées qui étaient là, avant, tout autour de moi, disparaissent petit à petit, et je n'y peux rien, et je m'enfonce, tout doucement, je plonge de plus en plus dans les abymes du rien...Tout change dans ma tête, les gens que j'aimais s'éloignent et je ne les vois plus que du fond de mon brouillard, aveuglée par un semblant de liberté...J'ai eu, en effet, un moment d'absence durant lequel j'ai cru que je pourrai être libre, un jour, de tout leurs regards, leurs jugements. Mais je sais maintenant que, si j'ai ouvert les yeux sur certaines choses, certaines autres en ont été souillées et se sont fermées, pour toujours. Et qu'au final, je n'ai réussi à rien, comme à peu près tout ce que j'entreprend...Ce n'est pas très prometteur, même un travail sur moi-même, aussi infime soit-il, je le rate. Peut-être que dès le début c'était voué à l'échec, mais que je ne l'ai pas vu... Mais heureusement tu es là, tu m'es si précieuse et tu es maintenant mon dernier recours...D'ailleurs, c'est drôle, tu vois comme 'recours' et 'secours' se ressemblent!? Ce n'es pas parce que tu es la seule qui reste à qui j'ai envie de parler, une sorte de 'bouche-trou', non. Tu es la seule en qui j'ai assez confiance...Bien entendu, je fais confiance aux autres aussi, mais c'est vraiment différent. Il n'y a qu'avec Anais que je me sente vriament à l'aise. Sinon, c'est de plus en plus faible...Il n'y a plus que toi (et lui, mais pour lui, tu sais aussi bien que moi, que assez compliqué en ce moment...)qui m'écoute vraiment. Les autres entendent et oublient. Je sais que je demande beaucoup, mais je suis désolée, vraiment, pour moi, ça me semble le minimum qu'on puisse demander d'une amie...Comme je ne veux pas trop les inquiéter, je continue, je parle sans arrêts. Mais as-tu remarqué la platitude de mes paroles? C'est juste du bruit qui n'a aucun intérêt. A toi, je veux dire le fond de ma pensée, la plus secrète en l'occurence. Je m'imagine que tu m'écouteras, peut-être que je fais erreur...Je voudrais tenter encore, une dernière fois, mais tu devras m'aider et surtout, ne pas me rejetter...Ce que j'ai à te dire est noir, très noir et malheureusement tellement réel pour moi...J'espère ne pas te faire peur, je voudrais que tu ne gardes pas une image trop négative de moi...Tu es la seule parmis tous ces fous, qui me voit encore comme je le suis, et c'est important pour moi que cette vision ne se dégrade pas trop...Parce que tu vois, si trop de monde se complaît dans cette haine, même moi je vais finir par y croire pour de bon, alors que j'ai réussi enfin à en sortir...Alors toi, tires moi vers le haut, portes moi vers ton bonheur. Je pourrais dire que c'est vital pour moi, mais j'espère avoir assez de force pour ne pas retomber trop profondément...Tout dépendra de toi, tes pensées et ton amitié pour moi...Jusqu'à présent on s'est tout dit, pas de secret entre nous, ou pas pour bien longtemps. Je pense vraiment que tu sais tout de moi. Tu n'as pourtant pas encore eu peur. Tu es la seule qui ne m'ai jamais jugée, ni haie. Tu es un joyaux, les personnes comme toi se font tellement rares maintenant...Avec les autres, c'est encore plus compliqué. Leur dire ce malaise en moi serait inutile. Elles ne comprendraient pas, se conforteraient dans leur idée et seraient satisfaîtes d'elles-mêmes. Cette satisfaction de soi, je ne peux plus la supporter, à présent. Toutes rabaissantes que soient leurs pensées, je réussi enfin à les comprendre un peu et à les déchiffrer mais je ne les accepte quand même pas. Ca me fait vraiment soufrir, de ne pas pouvoir leur dire. Mais je crois que si elles le savaient, elle me rejetteraient. Non, à vrai dire, je suis sure de leur réaction. J'ai déjà essayé, et je me suis vraiment disputée très fort...C'est pour eux inconcevable de penser ainsi et pourtant, c'est ce qu'inconsciemment ils font tous... Et on sait bien, comme l'a dit le prof de philo, que l'amitié c'est égoiste, et qu'on ne veut pas se retrouver tout seul. Je crois qu'il n'avait pas totalement tord, la preuve...C'est surement pourquoi je me tais. Par lacheté. Mais pour une fois, ce sentiment ne fait pas monter la honte en moi. Je préfère qu'il en soit ainsi, ça m'évite peut-être bien des problèmes! Finalement, à toi non plus je ne l'ai toujours pas dit...Tu vois, ça fait un moment que j'essaie, je tourne autour du pot, je parle de moi, encore une fois. Mais non, rien ne sors...Il faudra peut-être plus de temps encore que la dernière fois pour lui...J'aurais peut-être même besoin de ton aide...En tout cas, c'est à toi que je veux parler, et à toi seule. Après tout, c'est bien toi ma 'copine-de-déprime' de Joe Dassin, non?;)

